Dans une semaine jour pour jour ma poupée aura 1 an, 1 que je lui ai donné naissance, 1 an qu’elle est sortie de moi mais aussi 1 an sans que je ne cesse de repenser à ce jour là.
Ca n’a pas été une délivrance facile même si je sais que beaucoup de femmes ont vécues pire que moi. Mais je n’arrive pas à dépasser cela. Alors j’ai décidé de la raconter cette délivrance, ces jours à la Maternité, de l’étaler touche après touche de mon clavier pour peut être enfin réussir à l’accepter.
19h00 : premières contractions régulières, toutes les 7 minutes. Tout va bien elles sont très légères.
22h30 : rien n’a changé. J’appelle la Mater qui me conseille de rester à la maison jusqu’à ce quelles deviennent TRES douloureuses.
2h00 : grosse contraction. 2h10, une autre, 2h20 une autre….
3h00 je me lève et découvre que je perds énormément de sang. Je réveille le barbu, Elyes qu’il faut déposer chez mes parents, je m’habille, on vérifie la valise une dernière fois et on y va. Une nouvelle contraction me plie en deux.
4h00 : arrivée à la mater. Celle là même où je travail. Celle où je me suis juré de ne jamais perdre le contrôle. Une nouvelle contraction forte, TRES forte, j’ai mal. Elle m’examine, cette sage femme que j’ai vue presque tous les jours ces derniers mois au boulot. Elle me sourit, me félicite, je suis à 6. On passe en salle d’accouchement. Encore une autre, j’ai mal. Elle m’examine à nouveau. Seulement 4 minutes se sont écoulées, j’ai l’horloge en face de moi, je suis à 10. Et là, la sentence tombe. Je n’aurais pas de péridurale c’est trop tard. Je m’effondre, à l’intérieur, je dois faire face, j’ai peur, j’ai mal, j’en serais incapable.
Pousses, allez pousses, tu peux y arriver. Non je sais que c’est au dessus de mes forces. J’ai peur. J’ai mal. Ca va durer 1 heure pendant laquelle je pousse et Ella remonte entre chaque poussée. Je pousse encore, j’ai mal, partout mais au dos surtout. J’ai l’impression qu’on m’arrache le bas du dos. J’ai peur, j’ai mal et je la vois cette sage femme d’habitude si souriante qui pâlit, qui sort de la salle pour vomir, elle stresse et me stresse. Je demande ce qu’il se passe. J’ai mal. Personne ne répond. J’ai peur. Elle revient, elle m’encourage. Je pousse encore, mais rien n’y fait. Ella est bloquer et son rythme cardiaque chute, chute, dangereusement. J’ai peur. Encore.
5h00 : le médecin de garde arrive. Je suis livide à ses dires. J’ai mal, j’ai peur. Non plus de ne pas y arriver mais j’ai peur pour mon bébé. Et cette sensation étrange depuis le début de la grossesse qu’il va se passer quelque chose de mal. Il regarde le monitoring et pâlit, lui aussi. La sentence tombe. Encore une fois. On part au bloc, ma fille naitra en urgence sous anesthésie générale. Je ne la verrais pas. On me sort en trombe. Je croise le regard du barbu qui dans la panique a été laissé en salle d’attente. Il a peur lui aussi, il me le dira plus tard.
5h33 : Ella née. Enfin. Elle est inerte. Son cœur a flanché à 50 battements/minutes au lieu des 140/160 habituels. Elle est ventilée. Réanimée. Tout cela je ne le vois pas. Le barbu et l’équipe des soignants me l’expliqueront après. Ils m‘avoueront aussi s’être demandé comment ils allaient me dire, à moi une de leur collègue, que mon bébé n’était plus là. Parce qu’on est passé pas loin. Heureusement elle est là et je la découvre enfin le 17 décembre 2012 à 8h32. Toujours cette horloge face à moi.
On passe quelques heures ensemble. Et voila un médecin qui entre dans la chambre. Il ne la trouve pas bien, trop jaune. Elle souffre d’un ictère néonatal sévère. La responsable ? MOI. Mon groupe sanguin et le sien ne sont pas compatible. Il va devoir la prendre. 12h. Pour sa photothérapie. On vient de se rencontrer elle et moi et déjà on nous sépare. 12h. 12h qui vont se répéter 2 fois car le premier traitement ne sera pas suffisant, il faudra recommencer. 12h. Encore. Je me retrouve seule dans cette chambre, sans bébé, sans la satisfaction de l’avoir mise au monde. Avec la culpabilité de l’avoir rendue malade. Malgré moi. J’ai peur. J’ai mal. Ce n’est qu’au 3ème jour que j’aurais l’impression de vivre quelque chose de normal. Elle et moi toutes les 2, les yeux dans les yeux. On se rencontre vraiment.
Comme je vous le disais plus haut. Il y a malheureusement des femmes qui vivent pire. Je ne suis pas à plaindre. Elle va bien. Mais je ne cesse de repenser chaque jour à CE jour, ces heures.
Merci à celles qui auront lu jusqu’au bout. Je sens déjà que l’avoir exprimé me fait du bien.
Je vous embrasse. Fort.